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Une stèle repose dans le Jardin du Souvenir, datant du 19ème siècle, gravée des noms de soldats Urmattois tombés lors des guerres de conquête coloniale. Aujourd’hui cette stèle est particulièrement fleurie. Si l’aspect jardin est privilégié, la mise à l’honneur de ces jeunes Urmattois disparait dans la verdure qui en cache la lecture. Au printemps prochain, la stèle sera remise en valeur, dégagée et soigneusement nettoyée par un spécialiste.

Merci à Marie-Odette Bindel d’avoir attiré notre attention sur cette stèle qui retrouvera la place qu’elle mérite.

D’ailleurs Marie-Odette Bindel avait rédigé une étude historique sur les inscriptions, dont la consultation est possible ci-dessous.

A PROPOS D'UNE INSCRIPTION SUR UNE STELE DANS L'ANCIEN CIMETIERE

Sur l’une des faces d’une stèle funéraire de la famille STERN se trouve l’inscription suivante :  » Dieser Grabstein ist auch zum Andenken / für Stern Johann Philipp / geboren den 10 Hornung/ 1820 gestorben den 16 / Dezember 1842 zu Oran / in Afrika, als Soldat / vom 5ten Kanonier Regiment. « 

Jean-Philippe Stern (22 ans), 2e canonnier au 5e Régiment d’Artillerie, 5e Bataillon, décédé le 10 février 1842 à l’hôpital militaire de l’Armée d’Afrique à Oran, par suite de dysenterie chronique, n’est pas le seul jeune homme de la commune d’Urmatt à reposer dans une terre étrangère, victime des guerres menées successivement par Louis-Philippe et Napoléon III.

L’aventure coloniale débuta sous Louis-Philippe (1830-1848) avec la prise d’Alger. Le coup d’état du 2 décembre 1851 permet à Charles Louis Napoléon Bonaparte d’installer le Second Empire entre 1852 et 1875.

Napoléon III voulant soutenir les nationalités opprimées et favoriser le catholicisme livre des guerres et des expéditions diverses ne rapportant que des avantages incertains. La plupart sont décédés suite aux mauvaises conditions dans lesquelles devaient vivre les soldats. Dans un rapport qu’il adressait à Paris au Ministère de la Guerre, Berthezène écrivait en août 1831 :  » Les maladies régnantes à Alger depuis le mois de juin sont des fièvres intermittentes qui affectent les troupes. Les bivouacs, l’humidité des nuits, les corvées nombreuses et fatigantes, les fréquents écarts de régime ont déterminés les diarrhées aiguës, les dysenteries que nous voyons régner dans les armées. Ces maladies qui affligent l’Armée ont donné un mouvement de trois mille malades dans ce trimestre « .

Lors de la guerre de Crimée et du siège de Sébastopol durant un an, en 1855/1856, par une armée franco-anglaise, des familles d’Urmatt attendent également en vain le retour de leurs fils enrôlés au service national.

Les Maires, Florent Valentin (1837-1848), Florent Siat (1848-1852) et Joseph Valentin (1852-1881), se voient dans l’obligation d’enregistrer les décès suivants :

  • Joseph Tronesi, fusilier au 5e Régiment d’Infanterie de ligne, 3e Bataillon, 1ère Compagnie de l’Armée d’Afrique est décédé le 4 juillet 1848 à l’hôpital de Mostaganem par suite de fièvre thyphoïde. 
  • Jean Pfersdorf, tambour à la 1ère Compagnie du 61e Régiment d’Infanterie de Ligne est décédé le 13 août 1842 à l’hôpital de Sétif de l’Armée d’Algérie par suite de phtisie laryngée
  • Pierre Schuller, voltigeur au 23e Régiment d’Infanterie de Ligne, 3e Bataillon, matricule N° 11193, est décédé le 5 septembre 1840 à l’hôpital militaire de l’Armée d’Afrique de Medéah par suite de gastro colite
  • Jean-Paul Thuvier (Douvier), âgé de 26 ans, chasseur au 1er Régiment de chasseurs d’Afrique matricule N° 3406 est décédé le 28 novembre 1840 à l’hôpital militaire de l’Armée d’Afrique de Douaré par suite de dysenterie chronique
  • Florent Wick (24ans), mécanicien militaire, est décédé le 21 août 1840 à l’hôpital Beaujour à Paris
  • Nicolas Isaak, chasseur au 5e Escadron du 2e Régiment de Chasseurs d’Afrique est décédé le 30 août 1839 à l’hôpital militaire de l’Armée d’Afrique à Oran par suite de dysenterie hémorragique
  • Joseph Weiss, 32 ans, militaire, décédé le 14 mars 1835 à l’hôpital maritime de Toulon
  • Joseph Wick, chasseur au 2ème Régiment d’Infanterie légère est décédé le 21 novembre 1850 à l’hôpital de Ténès, Armée d’Algérie par suite de choléra.
  • Michel Hecht, né en 1825, zouave de 1ère classe au 1er Régiment de zouave, 1er bataillon, 7e Compagnie, est décédé le 31 janvier 1855 à l’hôpital militaire du Péra, place de Constantinople, Armée d’Orient par suite de congélation
  • Louis Geschang, né en 1828, grenadier au 52e Régiment d’Infanterie de Ligne, 2e Bataillon est décédé le 26 avril 1855 par suite de choléra à l’hôpital du Camp de Naslak, Armée d’Orient
  • Florent Pantaléon. fusilier de la 3e Compagnie du 2e Bataillon a été tué le 23 mai 1855 en service commandé devant Sébastopol par un biscaïen à la poitrine • Joseph Sur, chasseur à la 6e compagnie du 6e bataillon de chasseurs à pied, est décédé à l’hôpital du camp devant Sébastopol le 17 juin 1855 par suite d’un coup de feu à la cuisse gauche
  • Joseph Fuchs, né en 1823, voltigeur à la 6e Compagnie, du 3e Bataillon du 1er Régiment de Voltigeur de la Garde Impériale est décédé à l’hôpital de l’Armée d’Orient devant Sébastopol le 13 août 1855 par suite de fièvre typhoïde
  • Florent Fuchs, né en 1825, soldat de 2e classe est décédé le 10 novembre 1855 à l’hôpital de la marine de l’Ile de Gorée au Sénégal (Joseph et Florent Fuchs étaient frères)
  • Jean-Philippe Schuller, âgé de 23 ans, soldat 2e classe au 1er Régiment de Dragons en garnison dans la ville de Givet, département des Ardennes, est décédé le 30 janvier 1856 à l’hôpital de cette ville
  • Aloïse Baumgarten, 2e cavalier au 5e Escadron de train des équipages militaires, 3e compagnie, est décédé le 14 mars 1856 à l’hôpital militaire de l’Armée d’Orient de Gulhavé à Constantinople par suite de scorbut
  • Louis Schweitzer (30 ans) est décédé me 16 avril 1863 à l’hôpital militaire du Val de Grâce à Paris

Si l’on considère le dénombrement de la population d’Urmatt en 1856 avec 633 personnes, 135 ménages, 69 hommes dans la tanche des 20 à 40 ans, le nombre de 18 jeunes hommes décédés est énorme. La commune d’Urmatt a payé un lourd tribut lors de ces guerres insensées. Ces jeunes gens sont décédés pour une guerre qui n’était pas la leur. Depuis, l’Algérie a retrouvé son indépendance et la génération actuelle a une nouvelle fois été mise à contribution. En passant devant la stèle, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à tous ces jeunes hommes de notre localité, méconnus ou oubliés aujourd’hui, et qui ont pourtant écrit, eux aussi, l’Histoire de la France.

Marie-Odette Bindel

Catégories : Histoire

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